jainas: (bruce lit)
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Couverture d'UprootedOur Dragon doesn’t eat the girls he takes, no matter what stories they tell outside our valley. We hear them sometimes, from travelers passing through. They talk as though we were doing human sacrifice, and he were a real dragon. Of course that’s not true: he may be a wizard and immortal, but he’s still a man, and our fathers would band together and kill him if he wanted to eat one of us every ten years. He protects us against the Wood, and we’re grateful, but not that grateful.


Uprooted est inspiré d'une légende polonaise, et commence sur un motif qui est familier au lecteur bercé de contes et légendes : des villages paysans dans l'ombre d'un bois maudit, une tour, et dans la tour un magicien - ici surnommé le Dragon - auquel est sacrifié tous les dix ans une jeune fille (généralement la plus belle et/ou la plus accomplie) pour assurer la protection de la vallée…
Et pourtant, raconté du point de vue d'une jeune villageoise, Agnieszka, Uprooted s'éloigne vite de ce point de départ et des préconceptions ou des attentes qu'il pourrait provoquer, pour rendre la situation réelle. C'est la vie d'Agnieszka, avec les épidémies occasionnelles de Pourriture provoquées par un mauvais vent venu du Bois, qui forcent à brûler la récolte de l'année ; ou l'enlèvement d'un pâtre qui s'en est trop approché ; c'est des relations familiales et amicales construites et distordues autour de la certitude qu'une des filles de son année sera choisie, et le consensus tacite qui désigne cette fois-ci Kasia, sa meilleure amie ; c'est les rumeurs qui courent sur les filles que prend le Dragon - car elles reviennent, contrairement à ce que peuvent nous laisser supposer les légendes - et même si elles dise qu'elles n'ont pas été violées, personne n'est bien certain de les croire ; et c'est le fait qu'elles reviennent changées, qu'elles ne restent jamais dans la vallée après cela…
C'est clairement une des forces du roman. le point de vue d'Agnieszka est à la fois réaliste et immersif, ce qui permet de faire passer avec brio des aspects du scénario qui avec le recul du lecteur de fantasy aguerri peuvent paraître prévisibles mais qui sont pour elle inconcevables : que le Dragon la choisisse, qu'elle se révèle avoir un peu de talent magique qui le pousse à faire d'elle son apprentie...
Un aspect qui m'a beaucoup plu aussi est l'amitié entre Kasia et Agnieszka, qui pendant une grand partie du roman va être le moteur de l'action : c'est dans un sursaut d'amitié pour protéger Kasia qu'Agnieszka s'est fait remarquer par le Dragon ; c'est pour essayer de la sauver qu'elle va pénétrer dans le Bois, d'où nul ne ressort vivant ; c'est pour la soigner qu'elle va défier le Bois et chercher avec l'aide réticente du Dragon un moyen de bannir la Pourriture… Les amitiés féminines fortes sont rares en fantasy, et plus rarement encore sont-elles moteur de l'action et motivation pour l'héroïne. J'ai d'ailleurs un peu regretté que les marques de cette amitié et les scènes entre elles diminuent dans le seconde moitié du livre, où le focus est plus sur la guerre contre le Bois et la collaboration d'Agnieszka et du Dragon, mais cela reste à mes yeux un plus certain du livre.
Un aspect très réussit également est le Bois lui-même, qui est l'opposant principal du livre : comment il est écrit, la transmission de la Pourriture et de la corruption qui l'accompagne, mais aussi son écosystème, sa mythologie, et au terme sur livre, sa nature même, les raisons de l'existence de la Pourriture et la résolution du conflit, que j'ai trouvé très satisfaisante, et qui est au final “diplomatique”, bien que le récit offre de belles scènes d'action et d'énormes moments de bravoure.
L'écriture est fluide et efficace, la narration à la première personne globalement bien menée. Sous le point de vue d'Agnieszka, le personnage du Dragon, d'abord haï et antipathique, s'humanise peu à peu, et si elle en vient à le comprendre et à l'apprécier (et voir plus), elle n'en est pas pour autant aveugle à ses nombreux défauts et n'hésite pas à le mettre devant ses erreurs ou ses contradictions, ce qui donne quelques scènes très plaisantes.
Le livre n'est pas pour autant parfait... le système de magie est un peu faible et la différence entre les pouvoirs du Dragon et d'Agnieszka peut sembler un peu facile, de même que la rapidité de progression de cette dernière. Et si j'ai dévoré la première moitié du livre sans coup férir, il y a des passages plus faibles au niveau du rythme : les scènes d'Agnieszka à la Cour, sa fuite puis le siège de la Tour sont pour moi les parties la moins mémorable, mais le final du livre rattrape ces faiblesses et propose un fin très satisfaisante, tant au niveau du scénario que des arcs individuels des personnages.

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